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Interview de Philippe, performeur dans les petites capitalisations

Les lecteurs qui parcourent régulièrement les pages de ce blog connaissent bien mon appétence pour les entreprises qui décotent sur leurs actifs. Assez récemment, j’ai élargi mon champ d’investigation aux entreprises de qualité et bien gérées (toujours dans l’esprit value, où je paie 0,5 € pour 1 €). C’est dans ce cadre que j’ai croisé sur divers forums le chemin de Philippe alias srv ou srv1, très attaché à cette qualité, comme vous allez pouvoir le lire. C’est notamment à lui que je dois mon intérêt pour les sociétés Thermador et Société des Chemins de Fer Départementaux.

Sa performance à long terme est impressionnante. Parti de rien, sans formation financière, après une vingtaine d’années à investir, il n’a plus besoin de travailler pour vivre et partage désormais ses connaissances sur sa chaîne youtube Finance Académie (je vous la recommande chaudement). Il m’a semblé intéressant de comprendre son parcours et son approche particulière sur les titres de petites sociétés. Je partage avec vous les notes que j’ai prises lors de notre entretien téléphonique (covid oblige).

Vb. Bonjour Philippe, je suis heureux que tu aies accepté ma proposition d’interview. Comme je l’indique en préambule, tu n’as pas de formation en finance. Peux-tu brièvement te présenter et expliquer ton parcours professionnel ?

P. Bonjour Boris, merci de ton invitation. J’ai 50 ans, suis père de deux enfants, et actuellement en phase de constitution d’une société de coaching en finances personnelles.

Je n’ai en effet pas de formation en finance, puisque je suis à l’origine technicien en électromécanique. Par une formation à l’Université de Technologie de Compiègne en 2003, je suis devenu ingénieur en génie mécanique et ai poursuivi ma carrière dans le nucléaire, sur des sites de production d’électricité nucléaire, où j’ai occupé successivement des responsabilités de technicien, puis expert, et manager.

vb. Joli parcours. Donc en effet, rien à voir avec la bourse. Alors comment t’est venue cette passion et comment t’es-tu formé ?

P. Je suis venu à la bourse en 1998, par hasard, grâce à des collègues de travail qui débutaient. C’était l’époque où Internet commençait à percer et facilitait grandement le passage d’ordres, avec des frais réduits. J’ai également franchi le pas.
A mes débuts j’ai eu environ 3 ans d’errance avec des pertes cumulées représentant au total 30% du capital de départ, le temps d’apprendre (du krach russe de l’été 1998, à la bulle internet de 1999, puis le krach post mars 2000, et enfin le fameux 11 septembre 2001).

Pendant ces 3 années, je me suis formé. J’ai acheté beaucoup de livres (plusieurs centaines je pense) sur diverses stratégies. Et j’ai rencontré des investisseurs via internet, dont deux traders professionnels qui m’ont montré énormément de choses, que j’utilise toujours aujourd’hui (notamment le pyramidage, qui consiste à moyenner à la hausse sur une tendance haussière). J’échangeais beaucoup avec eux, j’imprimais leurs topos, les relisais le soir…Et je postais souvent sur le net pour tenter de contribuer et poser des questions.

J’ai commencé par « l’Analyse Technique », en achetant pas mal de livres aussi, au final tous aussi mauvais les uns que les autres. L’Analyse Technique n’est plus vraiment mon moyen de tenter de créer de la valeur.

Puis en 2001 j’ai commencé à travailler les techniques comptables, l’approche via la compréhension de la création de valeur dans les sociétés.

En 2003 pendant mes cours d’ingénieur à l’UTC j’ai pris toutes les unités de valeur relatives à l’économie possibles : analyse financière de l’entreprise, politique économique mondialisée, les courants de pensées en économie etc. J’ai adoré.

Cela a confirmé mon virage vers la compréhension du fonctionnement des sociétés pour créer de la valeur.

Vb. En fait, tu n’as pas commencé la bourse en t’intéressant aux valeurs de qualité. Tu as suivi un cheminement qu’ont suivi beaucoup d’investisseurs.

Oui, ma stratégie d’investissement a évolué au cours du temps. Au tout début, j’ai commencé par de l’Analyse Technique (années 1998-2000) : c’est facile et tout-de-suite accessible. Il existe d’ailleurs un business très lucratif autour de l’Analyse Technique, par le biais de vente de conseils, de livres, d’abonnements…

Puis je me suis frotté à l’investissement value, en appliquant des marges de sécurité (pour ne pas trop risquer), comme par exemple avec des sociétés offrant des décotes sur actif supérieures à 50%.C’est réconfortant et rassurant comme approche.

Et depuis environ 2014/2015 je m’oriente un peu plus vers les valeurs de croissance, en continuant de m’intéresser au patrimoine des sociétés. Je recherche toujours sur Google les actifs, et regarde les prix des transactions immobilières (via le site du cadastre par exemple). Je tombe parfois sur de très beaux actifs cachés, comme c’est le cas par exemple avec Courtois et ses immeubles dans la région de Toulouse (selon moi, l’investissement n’est pas intéressant car les intérêts des majoritaires ne sont pas alignés avec ceux des minoritaires).

En parallèle, depuis 2001, j’ai toujours une partie de mes actifs boursiers en lien avec des tours de table que je pense probables (OPA, OPR ou OPRO). Je recherche donc toujours qui détient quoi, à quel prix, s’il existe un pacte d’actionnaires, et si oui à quelle échéance ce pacte tombe etc. Cette approche m’a été montrée par mes mentors à mes débuts. Elle constitue la poche « situations spéciales » de mon portefeuille.

Actuellement par exemple, je pense qu’il y a Assystem qui rentre dans cette catégorie, avec d’une part une société qui décote sur sa valeur intrinsèque, et d’autre part une OPA possible à court terme. C’est l’étude du tour de table qui me permet de croire ça. Tout d’abord, le Président et fondateur Dominique Louis a 69 ans. Ensuite, je note que Tikehau, la société qui a accompagné le développement d’Assystem pendant des années, vient de sortir de la holding de contrôle (non cotée) pour investir dans la filiale. Et enfin, la holding a racheté 0,5 % du capital durant le krach de mars 2020 (faible flottant).
Dans le même ordre d’idée, Samse est un dossier qui mérite d’être regardé. Certains gros minoritaires ayant manifesté leur souhait de sortir de la société, la maison mère Dumont Investissement, afin d’éviter que ces titres tombent dans d’autres mains (CRH, par exemple), a récemment racheté elle-même les parts de ces minoritaires au cours de 186 € (contre un cours de 132 € actuellement). Le schéma classique dans ce cas-ci, c’est la levée de dette par la mère, progressivement remboursée par la remontée de dividendes de la filiale. Et c’est exactement ce qu’il est en train de se passer. Dumont Investissement a levé de la dette et vient de faire voter à la filiale , malgré le contexte covid-19, un premier gros coupon de 8 € au titre de 2020, contre 2,50 € les années passées . Pour moi ce gros dividendes va continuer à être versé et même grossir au fil des ans. Ce qui me semble intéressant dans cette histoire, c’est que ces dividendes seront probablement issus de la vente d’actifs cachés.

Vb. Qu’est-ce qui t’a poussé à modifier ces paradigmes ?

P. Je me suis posé des questions. Par exemple, est-ce que l’Analyse Technique fonctionne ? Comment un modèle aussi simple peut-il créer de la valeur ? Pourquoi cela est-il si facilement accessible et réplicable ? Finalement, pour moi c’est simple : l’Analyse Technique est un moyen pour débuter, et pour tester. Ensuite, pour progresser, il faut passer à autre chose. L’Analyse Technique n’est même pas une étape indispensable au début, il est possible d’aller directement à la création de valeur.

Quant à la deep value, le problème est qu’elle ne capte pas la croissance. Par exemple, le core business de Passat, c’est pas ça. Autrefois ça m’aurait intéressé, mais maintenant non. Ça ne va rien cracher.

Mon nouveau paradigme a été de comprendre le business. Avec des sociétés comme Thermador, qui vend des tuyaux, je suis à l’aise.

Vb. Tu parlais à l’instant de création de valeur. Peux-tu en quelques mots définir de quoi il s’agit et identifier les sociétés créatrices de valeur ?

P. La création de la valeur c’est une notion qui va au-delà des comptes. Par exemple pour la biotech Genoway, le plus bel actif, c’est leurs clients, qui sont les plus grosses pharmaceutiques, Cette confiance acquise au fil des ans ne se lit pas dans les comptes.

Autre exemple : Pharmagest. Cette pharmaceutique possède plusieurs start-ups qui peuvent exposer mais qui ne sont pas valorisées dans les comptes.

En fait, tout dépend de ce que je suis capable de déceler. Mais je suis convaincu que ce sont les hommes qui créent la valeur, il faut donc impérativement un management de qualité. Il faut une stratégie business et une exécution sans faille de cette stratégie. La direction doit s’entourer, déléguer, susciter la confiance, embarquer les collaborateurs. Les superbes réussites en business passent par là je pense.

Comme indicateur, je regarde la Valeur Ajoutée (au sens SIG) et où elle va, comment elle varie dans le temps.

Vb. Tu déniches plus facilement ce type de société dans les petites capitalisations, en te restreignant au marché français ?

P. Essentiellement, oui. Être particulier offre l’énorme avantage de pouvoir « casser les codes » et de restreindre sa zone de recherche là où les « gros » ne vont pas, essentiellement dans les petites capitalisations.

Les petites sociétés cotées ont d’ailleurs un double avantage : d’une part elles sont plus faciles à comprendre- même si cela n’empêche pas les erreurs – et d’autre part elles passent sous les radars des concurrents plus forts, on peut donc y trouver une niche.

En revanche, pour entrer et sortir c’est parfois compliqué. Et je ne parle même pas du non coté, où quand la société coule, je coule avec. Mais en ce qui me concerne, quand je pense bien comprendre le business et son probable futur, le côté non liquide ne me fait pas peur, mais cela reste un risque à gérer au sein du patrimoine. D’ailleurs à 50 ans, je ne veux pas tout mettre en bourse, notamment en valeurs illiquides.

Je me concentre en effet sur le marché français en raison d’une part de la barrière de la langue, et d’autre part de l’impossibilité de visiter les sociétés à l’étranger. Même si cela m’a fait louper toute la croissance américaine, et de belles sociétés comme Monster Beverage, qui a eu 50% de croissance pendant plus de dix ans. Il faut aller voir la boîte pour comprendre comment ça marche, et ici dans la région de Lyon, il y a de quoi faire.

Vb. Tu sembles donner de l’importance à la compréhension du business dans lequel tu investis. Peux-tu préciser comment tu t’y prends ? Quelle place laisses-tu à l’analyse technique ?

J’ai besoin dans 80% du temps de rencontrer la direction, de pouvoir visiter les usines, les salons d’exposition, me faire passer pour un client potentiel, etc. Je fais beaucoup de « terrain » et de recherches sur internet.

J’utilise également ma base de données personnelle, constituée de mes propres comptes rendus, de comptes de sociétés, de prospectus, de copies des carnets d’ordre, … accumulées depuis 20 ans. C’est un outil que peu de gens possèdent.

Même si j’ai Metastock pour voir les graphes des cours, j’utilise peu l’analyse technique dans mon processus de décision. Je prends le cas de Novamex. Warren Buffett explique au sujet de l’alimentaire que les marques y sont si difficiles à établir, qu’il est normal qu’elles se payent plus cher que les autres sociétés. L’Arbre Vert, produit phare de Novamex, devenait connu dans les années 2000. C’est le cœur de la thèse. Sur ce dossier, l’Analyse technique est inutile. Et aujourd’hui cette société n’est plus cotée, je l’ai toujours dans mon PEA, et elle verse des coupons. Ce qui est dommage d’ailleurs, car avec une croissance à 18% par an, l’argent devrait être réinvesti dans le business.

Il faut essayer de prévoir l’avenir de la boîte. Ça se fait par la rencontre des dirigeants, le terrain…

La pire erreur c’est de ne pas comprendre pourquoi la boîte marche ou ne marche pas.

Vb. Lors de nos conversations boursières, tu produis souvent des archives que tu as stockées depuis des années. Cette connaissance historique du marché français te donne-t-elle un avantage dans tes décisions d’investissement aujourd’hui ?

P : Je pense que oui. Là encore avoir une base de données personnelle m’a été apprise par mes mentors depuis 2001. Ainsi en 19 ans je commence à accumuler pas mal de choses, qui me forge une sorte de « culture boursière ». Ce point m’aide bien plus que l’AT.

Vb. Très bien. En partant de rien, tu as atteint l’autonomie financière en investissant dans des petites entreprises du marché français. Cela représente quelle performance pour quel temps passé ?

P. De 98 à 2001 pendant ma période d’apprentissage, -30% environ sur ces 3 années !

Puis de 2001 à juin 2020, environ 17% par an, soit un 20 baggers en gros. En étant salarié, c’était facile de faire ça en plus, par passion, sans rien attendre de particulier.

Le tout en PEA, pour les intérêts composés. C’est hyper important les intérêts composés. La fiscalité du PEA également. A une époque, durant le krach 2008/2009, je me suis intéressé aux obligations. C’est très bien les obligations, mais j’ai arrêté à cause de la fiscalité. La force des intérêts composés est optimale quand l’impôt à payer est différé dans le temps, comme dans un PEA.

Je ne sais pas dire le temps que je consacre à la bourse. A mes débuts, poussé par la soif d’apprendre, de progresser, de me construire une culture financière, boursière (je suis issu d’un milieu technique, très loin de la finance) j’y consacrais énormément de temps à mes débuts, facilement une quinzaine d’heures par semaine.

J’ai toujours eu envie de performer mais actuellement je suis plus état de surveillance qu’à fouiller dans tous les sens toute la côte comme je le faisais auparavant. Sûrement que je me relâche un peu, j’en suis conscient…

Vb. Généralement, les adeptes des sociétés de croissance et de qualité optent pour un portefeuille concentré. A quoi ressemble ton portefeuille ?

P. Quand j’avais 40 ans, mon portefeuille était très concentré. Je n’avais que 8 lignes : Malteries Franco-Belges, Bois & Chiffons (croissance mais faillite suite à un LBO), Socopi (Marché Libre avec beaucoup de trésorerie), Compagnie Marocaine (actifs cachés), Compagnie du Mont-Blanc, et Novamex.

Aujourd’hui mon portefeuille est constitué en gros de 25/30 lignes. Comme j’ai un portefeuille assez gros, j’ai plusieurs poches :

  • une poche investissement très long terme (je garde le plus longtemps possible, je vise des x baggers) : environ 5 lignes avec des leaders,
  • une poche attente OPA ou équivalent : environ 15 lignes,
  • une poche d’opportunités : environ 10 lignes,

Je suis un adepte des investisseurs focalisés. Mon portefeuille assez concentré : 5 lignes pèsent plus de 60% des actifs boursiers.

Vb. Ton approche particulière t’a offert de beaux résultats. Peux-tu donner des exemples et donner quelques conseils à un jeune investisseur intéressé par ta stratégie ?

P. On peut travailler une thématique, comme les Société de Développement Régional (SDR) qui étaient amenées à toutes sortir de la cote. Ce fut le cas de 2001 à 2010 (idée montrée par mon mentor). C’est notamment avec SODERO que j’ai eu mon premier bagger, en 2002. SODERO est une SDR de Toulouse qui offrait à l’époque plus de 10% de coupon tous les ans et qui est finalement sortie de la cote en 2002 via 4 baggers. La thématique SDR m’a été très fructueuse : SADE, SDR Bretagne, SODLER. Actuellement il reste encore IRD Nord Pas de Calais de cotée.

Puis j’ai eu d’autres baggers, comme SIPH (un 15 baggers) qui fut une coquille vide vers 2002-2003 vers 2 euros, AFIBEL qui est dans Damartex maintenant, SAGA et SAFA de Bolloré, SNCF Participations ou Socopi rachetés par les majoritaires en gré à gré, etc.

Mon plus gros coup a été les Malteries Franco-Belges. J’en avais à une époque pour 30% du portefeuille. La société possède de grosses barrières à l’entrée, une forte visibilité et un marché dominant dans un secteur où il n’y a pas de disruption possible. Elle a raflé à partir de 2010 toute la croissance à l’Est, dans l’ex-empire communiste. Originellement un investissement value, c’est devenu une valeur de croissance, puis une vache à lait (selon la définition du Boston Consulting Group). Après une performance de x5 ou x6 sur dix ans j’applique les préceptes de Philip Fischer « pourquoi vendre ? » et je conserve toute ma ligne jusqu’à l’OPA (foirée) de fin 2018. Là encore, les rencontres avec la direction (en one to one) pendant des années m’ont permis de bien connaître la société. J’étais peut-être même l’actionnaire non familial qui la connaissait le mieux.

Mais j’ai perdu des sous sur certains dossiers (jusqu’à des faillites) : par exemple j’ai tout perdu sur Bois et Chiffons (LBO qui a capoté), ou dans Supra.

Certaines erreurs rapportent de l’argent et d’autres en coûtent. La plus grosse erreur est certainement de ne pas avoir bien bossé un dossier. On peut s’en sortir par de la chance… ou payer cash.

Le conseil que je peux donner aux débutants est d’investir sur soi : se former, trouver sa voie ou ses voies. Il faut se former et se spécialiser dans une activité qui plaît, afin de devenir expert.

Si tu fais comme tout le monde tu auras le résultat de tout le monde. Ne pas se contenter de petites performances (20%).

Vb. Je pense que les lecteurs ont bien cerné ton approche particulière. Peux-tu l’illustrer en citant quelques valeurs de portefeuille actuel ?

Voici donc mes plus grosses lignes mais j’insiste sur le fait qu’à 50 ans je prends moins de risque qu’à 30.Si j’avais 30 ans mon portefeuille serait bien plus ambitieux que celui-là. Dans l’ordre pondération décroissante (en date du 09/06/2020, le krach mars 2020 m’ayant fait surpondérer certains dossiers) :

  • Malteris Franco-Belges (26%),
  • Fiducial Real Estate (10%),
  • Gevelot (8%),
  • Stef (8%) qui possède de gros actifs et réinvestit ses cash-flows dans le business,
  • Thermador (8%),
  • Odet (6%),
  • Précia (5%),
  • Léon Grosse (non cotée),
  • Société des Chemins de Fer Départementaux (4%),
  • Installux (3%),
  • Le Bélier (2%) pour jouer l’OPA, constituée pendant le krach, avec une forte probabilité de gagner 20%,
  • Assystem (2%),
  • etc.

Ces lignes pèsent 50% de mon patrimoine net (je compte toujours en % du patrimoine net de dettes).

Tout à l’heure j’ai parlé des situations spéciales, en citant Assystem et Le Bélier. Je consacre 6% de mon portefeuille à une autre situation spéciale : Financière de l’Odet. Investir dans Odet c’est d’une part investir aux côtés de Vincent Bolloré, qui est un super capitaine. Et c’est d’autre part prendre des participations dans un groupe diversifié qui possède notamment une belle position dans le fret et une position de rente en Afrique. Il y est indétrônable dans les ports et dans le transport ferroviaire. Le groupe décote actuellement sur la somme des parties.

Mais ce n’est pas tout. Pour les 200 ans du groupe (2022), il devrait y avoir des fusions et annulations des auto-contrôles. Cette simplification va réduire la décote (que j’estime à mini 40%). De plus, durant le krach de mars 2020, Vincent Bolloré a entamé des rachats de blocs de Odet par Sofibol, la société la plus proche de la famille.

Vb. A priori nous avons en commun des positions en Thermador, Société Industrielle et Financière de l’Artois et Société des Chemins de Fer Départementaux. As-tu des commentaires à faire sur ces sociétés ?

Ce sont toutes trois de belles sociétés.

Thermador :il faut conserver le plus longtemps possible.Avec une croissance de 15% par an depuis 1986, j’aurais dû en acheter bien plus tôt !

Artois : tout comme Financière de l’Odet, il faut attendre la simplification de l’ex groupe Rivaud par Vincent Bolloré. J’espère en 2022.

Chemins de Fer Départementaux : c’est une ligne que j’ai depuis 2003.Superbe gestion. La société décote toujours malgré 4 baggers depuis 2003 (et est un 7 baggers si je compte les coupons).

Vb. Tout-à-fait d’accord avec toi Philippe. Après toutes années à investir, que retires-tu de la bourse et comment vois-tu l’avenir ?

Mes investissements passés me permettent aujourd’hui d’avoir plus de choix dans ma vie, même si je ne me suis jamais focalisé sur l’argent. J’investis en bourse surtout pour apprendre car c’est passionnant. Oui il y a l’argent, mais ce n’est pas le premier moteur. Quand je dis cela à ceux qui sont proches de moi mais qui ne partagent pas ma passion, certains ne comprennent pas. L’argent n’est qu’une conséquence du process parmi d’autres, comme la joie de réussir, de rencontrer des gens, de sentir que l’on partage des trucs intenses, une passion.

Je trouve d’ailleurs que se focaliser sur l’argent est une erreur car cela peut générer des peurs et des freins pour bien décider. Par exemple, quand les sommes grossissent cela peut créer un blocage psychologique (la parade est alors de compter en pourcentage du patrimoine net et non en euros). Une autre erreur est qu’en étant beaucoup attaché aux variations de valorisation de la bourse, on prend des mauvaises décisions lors des fortes variations. Au final, un bon indicateur est : est-ce que je dors bien ?

Cela permet de travailler de la même façon avec 5.000 € que 500.000 €.

Avec l’âge, je diminue ma prise de risques globale en bourse et compte encore la diminuer. C’est entre 20 et 30 ans que l’on peut se permettre de se ruiner car on peut créer de la valeur durant les 30 ou 40 années à venir. A 50 ans, il faut faire beaucoup plus attention. Je gère mon patrimoine ainsi.

Les sociétés de croissance sont consommatrices de capitaux, avec possiblement un risque de disruption. La probabilité de faillite de ces pépites est plus forte que les grosses qui grossissent moins. J’ai eu l’occasion d’étudier très récemment SideTrade. C’est une belle boîte, en forte croissance, et donc dangereuse. Ce n’est plus pour moi, ou alors juste pour une petite part.

Vb. On arrive à la fin de l’interview. Peux-tu présenter ta chaîne youtube ?

Ma chaîne est 100% orientée bourse, avec la gestion d’un portefeuille, la recherche de valeurs, la technique de marché, les livres qui m’ont marqué etc. 

Je l’ai montée par défi. Et j’ai plein d’idées. Sur le plan personnel ça a été l’occasion d’apprendre plein de choses, notamment la publication sur internet. Je trouve ça ludique. Il y a une énorme possibilité de création de contenus !

Sur le plan professionnel cela me donne de la visibilité. Le ratio risk / rewardest intéressant car le risque est nul dans une chaîne Youtube.

On notera au passage que Youtube est un outil formidable racheté 1,6 Mds de dollars, considéré comme trop cher à l’époque. Et pourtant, ça rapporte beaucoup. Ce qui confirme que les boîtes qui ont du contenu peuvent se payer cher. Au final Google n’a pas payé Youtube si cher que ça. Mais ça, on ne le sait qu’après.

Pareil pour France Telecom avec Orange, qui a été considéré comme très cher à l’époque.

Vb. Merci pour toutes ces réponses. Ton approche minutieuse des petites capitalisations t’a permis d’obtenir des performances sur le long terme remarquables. J’espère que cela va donner des idées aux lecteurs, en attendant de te retrouver sur ta chaîne youtube. A bientôt.

P. Merci Boris et à bientôt.

20 thoughts on “Interview de Philippe, performeur dans les petites capitalisations”

    1. Bonjour Tinet, je ne suis pas un spécialiste du dossier, loin de là. Mais pour en avoir longuement parlé avec Philippe, c’est une piste d’investissement très intéressante.
      Comme son nom l’indique, c’est la société d’immobilier de Fiducial, qui fait partie de l’empire de Christian Latouche. Difficile de savoir si elle est chère ou pas. Elle est atypique, avec une partie d’actifs cachés, comme c’est souvent le cas des sociétés auxquelles s’intéresse Philippe. Le taux de croissance est plus faible que dans les foncières classiques, mais elle est gérée dans le meilleur intérêt des actionnaires, avec optimisation fiscale et endettement limité.
      Chacun doit se faire son idée. Pour ma part je trouve le dossier très intéressant, mais je suis sur d’autres dossiers en ce moment. Je ne dis pas que sur une baisse je ne me laisserai pas tenter.

  1. « Passat ça ne va rien cracher ! »

    Heu… ça crache déjà pas mal et il n’y a aucune raison que ça s’arrête.

    Free cashflow de +3,47 M EUR en 2018 et encore +2,80 M EUR en 2019 pour une capitalisation de 16,6 M EUR et une trésorerie nette de 19,22 M EUR au 31.12.2019.

    La boite crache des millions tous les ans depuis… des années !

    LE meilleur ratio EV / FCF de la place de Paris.

    A un moment, ce cash accumulé au bilan (+8 M EUR net en 5 ans) il faudra en faire quelque chose…

    1. Bonjour Franck,
      oui, ce business est surprenant. J’ai été actionnaire à deux reprises de la société. J’ai abandonné définitivement car d’une part je ne voyais pas la pérennité des produits et d’autre part je n’étais pas convaincu de la considération des majoritaires envers les minoritaires. Néanmoins, c’est un dossier typique de choix growth vs value.

  2. Rien nous prouve qu’il fait 20% annualisé
    ll y a quelques année je me souviens d’un investisseur qui vendait également des formations, il prétendait faire 20% annualisé annualisé avec un portefeuille concentré, il a conseiller sears holding et d’autres investissement aussi médiocre à ses client

    Avec le temps, je considère que le meilleur moyen de s’enrichir rapidement en bourse c’est de vendre des formations ou des conseils

    1. Bonjour Sergio,

      je ne saisis pas l’utilité de votre message.
      Philippe m’a proposé au cours de notre interview de produire toutes les preuves de sa performance. J’ai pensé que c’était inutile car d’une part il ne cherche pas à vendre de conseils en bourse, et d’autre part je le connais suffisamment pour ne pas avoir à lui demander de preuves. Le fait qu’il détaille sa stratégie et livre le contenu de son portefeuille devrait suffire à lui accorder du crédit. Il le fait gratuitement et je pense que vous ne pouvez que l’en remercier.

      Deuxième point. Vous faites sans détour allusion à Serge Belinksi, qui a dû revendre ses parts de l’Investisseur Français, alors en déroute. Je doute qu’il gagne désormais de l’argent en vendant des conseils boursiers.
      Je considère qu’avec le temps vous avez choisi les mauvais moyens pour vous enrichir rapidement en bourse et qu’il est temps que vous en choisissiez d’autres. Vous devriez notamment vous inspirer de ce que dit Philippe dans cet entretien.

    2. En réponse à votre commentaire du 5 juillet.

      L’objectif de ce blog est de partager à titre purement bénévole des informations, des réflexions et des pistes d’investissement avec des passionnés ou tout investisseur curieux, débutant ou non.
      La rédaction d’articles est un travail qui prend beaucoup de temps, et dont la seule contrepartie est le réseau que je tisse progressivement avec les lecteurs reconnaissants, qui, à leur tour, partagent avec moi des informations, des réflexions et des pistes d’investissement, comme vient de le faire Philippe au travers de cet interview.

      Il y aura cependant toujours des visiteurs étrangers à ce sens du partage en confondant critiques constructives et attaques personnelles. Ils trouveront alors leur compte sur d’autres blogs ou forums sur lesquels il est de bon ton d’être méprisant et agressif. Mais ils n’ont aucune place sur ce blog.

      Vous l’aurez donc compris: votre message a été supprimé et il en sera de même pour les autres que vous publierez s’ils sont tout aussi mal intentionnés que vos premiers.
      Toujours demandeur de controverses, je répondrai à vos « interrogations » si vous parvenez à les reformuler en respectant les valeurs de ce blog.

  3. Bonsoir

    Mon dernier message suite à cet interview était simplement afin de  » plaisanter » .

    Excusez moi de cela . Je sais que certains se posent des questions et se demandent si il est bien vrai que PHILIPPE est vraiment sérieux ….

    Je peux vous rassurer . Je le connais depuis longtemps et le travail qu’il fournit pour ses  » investissements  » est un travail que très peu ont ont entrepris .

    Pour ma part , mes premiers investissements sur  » FIDUCIAL REAL ESTATE  » autrement dit  » ORIA datent déjà de quelques années . J’ai acquis mes premières actions au tarif de 14 euros ….

    Bien sur , en bourse , il faut être patient et cette patience fait bien défaut à pas mal de soit disant VRAIS investisseurs ….. Hélas ! Ce n’est pas en investissant AUJOURD’HUI qu’on gagne beaucoup d’argent si on revend HIER
    Philippe connait bien d’autres sociétés …. Mais , à vous de passer autant de temps que lui pour les découvrir …. juste une petite idée : Du béton , ! du béton !oui mais pas pour les maçons

  4. Bonjour Boris ( Bourse Valeur),
    Merci pour la présentation de Philippe dit Srv
    Merci Philippe, pour la publication, le partage du contenu de votre portefeuille de valeurs.
    Je découvre des pépites, comme SIPH, retirée de la cote, en décembre 2019, à la suite d’1 OPA de ses actionnaires historiques (CFM & SIFCA) Bravo Philippe, bien vu !
    Je retiens une chose, «investir d’abord sur soi : (a) se former (b) trouver sa voie (c) se spécialiser dans un domaine, une activité, pour devenir un expert »
    Je comprends pourquoi Philippe est un performeur de petites capitalisations boursières
    Bien à vous
    Schult

  5. Bollore super capitaine, ca fait quand meme de nombreuses annees que le vaisseau amiral sous-performe les indices boursiers dans les grandes largeurs.

    1. Bonjour George,

      j’ignore des quels indices vous parlez, mais si l’on prend le CAC 40:
      – CAC 40 en 2000 vs 2020 : 6600 / 5000, soit une performance de – 24% en 20 ans.
      – Bolloré en 2000 vs 2020 : 0,4 / 2,8, soit une performance de + 500% en 20 ans.
      Avec le recul, si vous étiez en 2000, entre le CAC 40 et Bolloré, lequel auriez-vous choisi pour y placer votre argent ?

      J’ajoute que la performance relative aux indices n’est pas nécessairement le plus important. Ce qui compte, c’est la création de valeur de la société au fil des ans. Cette valeur crée peut être reconnue tardivement en bourse, surtout si elle est volontairement cachée. Le temps est le meilleur allié de l’investisseur patient.

      1. Sur 3 ans Bollore -27.5%, le Cac +3.85%, le SBF 250 +1.57%
        Sur 5 ans Bollore -37.5%, le cac +18.7%, le SBF +17.9%
        Sur 7ans Bollore -4.81%, le Cac +61.9%, SBF +64.2%
        Il faut revenir a 10ans pour avoir une surperformance nette de Bollore.

        La creation de valeur cest aussi tres bien, mais a un moment il faut que ca se materialise pour les actionnaires.

        1. Tout est question de temps, et le temps, c’est bien ce que l’investisseur ne maîtrise pas.

          Tant que la société crée de la valeur à un taux raisonnable (15% par an, c’est bien), je n’ai pas besoin de la reconnaissance de la bourse. Je m’enrichis sans rien faire.
          Je vous invite à regarder une vidéo de Philippe, qui explique bien cette approche. Vous êtes bien entendu libre de ne pas être avec ce qui est dit, mais les idées développées sont fortes et méritent d’être écoutées, à défaut d’être appliquées.

          Comme le dit Warren Buffett, il n’est nullement besoin d’être intelligent pour investir comme lui; il faut juste avoir le bon « état d’esprit ». En d’autres termes, être patient et détaché du cours de bourse. Même si cela doit durer 20 ans, ce qui n’est pas facile du tout je le reconnais.

  6. Bonjour

    Merci à tous pour vos commentaires et avis !

    @Tinet (qui est un voisin) : tu es un sacré farceur, je ne t’avais pas reconnu !

    @Sergio : j’essaie de faire comprendre que l’argent n’est qu’une conséquence du process intéressant de l’investissement que j’essaie d’appliquer. C’est presque un art, donc ya pas de recette miracle, mais il existe des piliers (comme au judo par exemple), piliers que j’essaie de détailler. Et ils varient dans le temps, selon mon évolution, mes expériences et craintes. Il faut aussi un peu de chance pour performer aussi bien, mais pas que (comme le dit Tinet, pour que le café soit sucré , il faut que quelqu’un touille le sucre avec la cuillère)

    @george : en 20 ans , Odet (faut prendre Odet qui représente le mieux tout le groupe coté) a fait # fois 10, soit 12%/an environ. Et pendant ces 20 ans, j’ai pu profiter de la sortie de la cote de SAFA et SAGA , deux entités du groupe Bolloré issues de Rivaud. Pour moi, Bolloré est bien un excellent capitaine d’entreprise avec une vision, une stratégie et qui sait s’entourer pour exécuter cette stratégie. En 2020, rien que le nom de Bolloré c’est presque une marque : quand un boss apprend que Bolloré a pris plus de 5% et plus de son K , ca remue … Cf Lagardère cette année par exemple, et c’est pas fini je pense !

    @Boris : merci encore pour l »ITW

    Phil

  7. Pour Bollore qui sait s’entourer, je suis toujours mefiant quand on nomme ses enfants a la tete des entreprises. Surtout quand les succes passés sont plus dans l’allocation d’actifs que dans l’operationnel (domaine ou il est plus difficile de juger des competences). D’ailleurs, ce fut l’erreur d’Arnaud Lagardere, de vouloir prendre absolument la suite de son pere. Je pense que la galaxie Bollore peut avoir une issue heureuse pour l’actionnaire mais j’aimerai voir plus de progres de ce cote (simplifcation) avant que Vincent Bollore ne soit plus en mesure de le faire.
    Pour Lagardere, c’est surtout qu’entre Bollore et Marc Ladreit de Lacharriere c’est plus d’1/3 du flottant qui a change de main. Difficile de ne pas impacter le prix. C’est mecanique independamment de la marque Bollore.

    1. Bonjour George,
      vous mettez le doigt sur un problème auquel j’attache de l’importance: la succession. En effet, rien ne dit que les fils Bolloré seront à la hauteur de leur père.
      Néanmoins, ils bénéficieront comme leur père du réseau familial, sans lequel Vincent Bolloré ne serait pas ce qu’il est.

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